L’hybridation des formes natives de la musique négro-américaine, si tant est qu’on ait jamais pu augurer de la pureté des modèles originaux, ne se limita pas à un métissage avec le jazz naissant. Les formations de blues et de gospel, très tôt, s’approprièrent
l’instrumentation des orchestres de jazz et de variété : au lendemain
de la seconde guerre mondiale, la plupart avaient intégré les cuivres
des big bands, mais aussi les guitares, basses et orgues électrifiés. Certains ne virent dans cette forme « nouvelle » rien d’autre
qu’une récupération de l’ancienne manière, blanchie et standardisée
pour satisfaire aux critères de la diffusion commerciale de masse. Il
fallait gommer les particularismes trop saillants et éviter les sujets
trop sensibles. On peut trouver piquant de constater que la mutation des musiques noires
originales vers des produits que les exigences du Show-Business avaient
édulcorés afin de correspondre aux goûts d’un jeune public blanc s’est
chargée, avec le temps et l’évolution des modes, du message contestataire
d’une contre-culture prônant l’opposition radicale aux valeurs de la
petite bourgeoise conformiste. |
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